Avoir ou ne pas avoir d’enfants, telle est la question.
Suite à la sortie du rapport démographique de l'INSEE où la France découvre avec choc un déclin en 2025, notre cher Macron veut envoyer une lettre cet été à tous les jeunes de plus de 29 ans afin de nous encourager à faire des bébés. De nombreuses lettres de réponses publiques lui ont été adressées. Lui-même n’a pas d’enfants, quel exemple formidable, mais surtout il n’est pas directement concerné par les problématiques qui expliquent cette baisse : les difficultés financières continuent à empêcher les citoyens à participer à l’économie, encore plus depuis le COVID, l’infertilité augmente avec 9 couples sur 10 qui ont des difficultés à concevoir, les conflits géopolitiques inquiètent quant au monde que nous aurons dans quelques années, sans oublier la crise climatique et les nombreux rapports alarmants qui sortent chaque année. Cependant, avoir une population vieillissante n’est pas bon pour notre économie : oui il faut des jeunes pour payer les retraites des enfants issus du babyboom. Avoir plus de décès que de naissance c’est la cata pour l’économie française mais c’est une bonne nouvelle pour l’environnement.
Je fais partie des childfree, donc de ces personnes qui ne veulent pas d’enfants. C’est un choix très personnel qui n’implique que moi, et vers lequel de plus en plus de personnes se dirigent. Mon entourage compte de plus en plus de personnes qui comprennent profondément ce choix. A contrario, ma famille montre davantage de scepticisme. Mes parents comprennent et ont accepté assez facilement. En revanche, du côté des oncles et tantes, j’ai eu le droit à toutes les remarques désobligeantes possibles : “tu es encore jeune donc tu as le temps de changer d’avis”, “et ton copain aussi ?” , “alors tu ne vas pas donner de petits-enfants à tes parents”. Cette dernière est particulièrement violente, non seulement parce qu’elle cherche à faire culpabiliser tout en parlant à la place de mes parents, mais aussi elle sous-entend que ce serait un choix égoïste, notamment vis-à-vis des aînés.
Une contradiction se présente : adultes et majeurs, nous sommes capables de juger si nous souhaitons investir dans un bien immobilier, choisir le métier vers lequel nous voulons nous orienter, gérer l’ensemble de notre vie sans l’aide de nos parents, mais pas d’exercer notre propre pouvoir décisionnaire quant au fait d’avoir un enfant ou non. C’est un sujet qui divise parce qu’on ne peut pas savoir tant que nous ne sommes pas parents. Or, on peut poser la même réflexion sur le saut en parachute. Personnellement, je préfère investir et découvrir l’inconnu avec de la chute libre plutôt qu’un engagement de toute une vie que je ne veux pas.
Je vous crois quand vous me dites que je ne peux pas comprendre. Sauf que ce n’est pas un argument, ni quelque chose de réellement convaincant, parce que si je m'y fiais en faisant confiance à cette remarque, alors je me retrouverais peut-être dans une situation familiale qui me causerait plus de mal que de bien.
Cependant, je vous comprends. Dans le questionnaire que nous avions partagé, à la question que pensez-vous des personnes qui ne veulent pas d’enfants ? une personne de moins de 18 ans qui veut des enfants a répondu “Ils font ce qu’ils veulent mais je trouve ça un peu bizarre”. Au premier abord, cette remarque m’a étonnée, alors qu’elle est tout à fait cohérente, parce qu’avoir un enfant fait partie des normes de notre société. J’en voulais quand j’étais moi-même enfant parce que c’était logique dans mon esprit, comme dans celui de la plupart des enfants. C’est le chemin classique, qui nous est présenté comme évident, sans l'interroger, contrairement au choix de carrière, qui nous a valu à tous quelques questionnements existentiels (et des traumas sur Parcoursup).
Je pense à l’exemple de Robin dans How I Met Your Mother, qui confronte ces deux situations. Elle décide de ne pas vouloir d’enfants du tout, notamment pour privilégier sa carrière. Elle est assez mal comprise par son entourage, puis elle est obligée de rompre avec l’homme qu’elle aime. Pourtant, dans la saison 7, épisode 12, lorsqu’elle apprend qu’elle est stérile, elle souffre profondément.
Elle n’en parle pas à ses amis, mais elle se confie en prétendant avoir appris qu’elle ne pourrait pas faire de saut à la perche (nous, spectateurs, savons qu’elle parle du fait d’avoir des enfants) dans cette citation : “J'ai toujours été farouchement opposée à l'idée de faire carrière dans le saut à la perche. Même si c'est ce que la plupart des femmes souhaitent. [...] Tu sais, c'est rencontrer un mec sympa, se marier, faire un peu de saut à la perche. Mais je n'ai jamais voulu ça. Bien sûr, c'est une chose de ne pas vouloir quelque chose, c'en est une autre de se faire dire qu'on ne peut pas l'avoir. Je suppose que c'est rassurant de savoir qu'on pourrait un jour le faire si on changeait d'avis. Mais maintenant, tout d'un coup, cette porte est fermée.” Robin a conscience que vouloir être mère est une norme chez la plupart des femmes dont elle ne fait pas partie. Sûre d’elle et de ses convictions, elle se retrouve privée de ce choix, à cause d’un élément médical qui ne dépend pas d’elle-même. Nous avons peu d’exemples du même impact sur les hommes. C’est toujours plus violent avec les femmes, notamment à cause du modèle des mères au foyer : femme = mère.
Finalement, Robin représente aussi l’autre versant du questionnement. L'infertilité est en augmentation constante depuis plus de 20 ans. Devenir parent est devenu un challenge avec beaucoup d’épreuves. Face aux questions sur notre souhait d’accéder à la parentalité, la possibilité qu’il nous soit impossible d’y accéder de façon traditionnelle n’est pas une option dans l’esprit de nos aînés. Vu le peu de soin que notre gouvernement accorde à l’aide aux couples confrontés à l’infertilité, cela devient presque normalisé, presque banal. Et puisque ce sujet ne figure pas dans les priorités du président ou de l’Assemblée, il n’est pas davantage relayé dans les médias traditionnels.
A titre personnel, j’ai été très impactée par ce que Robin a ressenti. Comme elle, je ne veux pas d’enfants. Je ne sais pas si je suis fertile ou pas, alors actuellement je pense - peut-être à tort - que la possibilité de changer d’avis existe. Cependant, si j’apprenais que ce n’était plus le cas, je serais autant soulagée que blessée, alors que je sais que je ne changerai pas d’avis. Seulement, ayant grandi avec cette petite idée selon laquelle je devais rêver de la maison idéale, du compagnon idéal et de la petite famille qui va avec, cette représentation se retrouverait anéantie. Peut-être pour le mieux.
Je veux m’adresser un petit peu aux générations plus âgées : je sais que vous ne comprenez pas, et ce n’est pas grave. Il y a toujours eu des incompréhensions entre les générations et c’est ok. Il suffit de faire des petites recherches pour comprendre que votre jeunesse et celle d’aujourd’hui ne connaissent ni les mêmes difficultés, ni les mêmes facilités. L’époque contemporaine implique beaucoup de changements rapides, tout évolue plus vite, y compris les mentalités.
Tout d’abord, l’infertilité augmente chaque année en France, pour des raisons médicales, environnementales avec les perturbateurs endocriniens, au point que le gouvernement s’est lancé dans une lutte contre l’infertilité qui tombe un peu à plat lorsqu’on voit à quel point le sujet est tabou. Ceci est un rappel : ne pas avoir d’enfant n’est pas toujours un choix. Je tiens à le préciser parce que je parle, ici, avant tout du choix mais je n’oublie pas que ça ne l’est pas toujours. Ce tout petit élément est ce qui devrait vous empêcher de commenter les choix de famille. Je vous invite à lire le rapport, en hyperlien, particulièrement intéressant. L’accès à la contraception et à l’IVG appuie encore plus ce privilège par rapport à d’autres pays. Avoir le choix est autant un luxe que le fait d’avoir un enfant.
Le constat est simple, le manque d’envie, les difficultés financières, la peur face à l’incertitude de la stabilité de notre monde, et la préservation de sa propre santé sont les principaux facteurs de cette tendance.
A bas les instincts et le naturel.
Vive la civilisation.
Dorénavant, faire un enfant ne fait plus partie des instincts primitifs, tout comme nous avons surpassé de nombreux autres instincts qui nous diffèrent des animaux. Ce choix est un enjeu sociétal, qui devient un enjeu politique de plus en plus important. Plutôt que de se concentrer sur les raisons qui sont financières et la peur d’un futur trop incertain dans un monde trop instable, notre gouvernement préfère faire des actions uniquement dans le but d’encourager à faire des enfants. Un président et un gouvernement de droite ont peur d’une population qui vieillit, parce que cela représente un risque économique . Par exemple, il faut assez de jeunes pour payer les retraites et le système de sécurité sociale (des privilèges qu’on ne pourra plus nous enlever).
Une idée progressiste n’est mauvaise que si nous décidons qu’elle l’est. Vouloir changer les modèles familiaux classiques est un long chemin semé d’embûches à base de politiques de natalité, de baby boom, et politiciens misogynes. Parce qu’il ne faut pas oublier que ce choix permet de libérer les femmes des codes familiaux dans lesquels nous avons été enfermées (merci Napoléon).
En s’émancipant, les femmes revoient le sens de leur priorité et se détachent des conventions sexistes, comme dire qu’on est une femme accomplie lorsqu’on a un enfant. La montée du masculinisme a tendance à vouloir fermer la fenêtre que nous avions ouverte. Or, ouvrir nos horizons est ce qui nous permettra de continuer à progresser.
Si ce principe existe dans la science et l’étude de l’univers, pourquoi ne pourrait-il pas s’appliquer à nos codes sociaux et familiaux ?
