Insolite : Bardot suit Le Pen jusque dans la tombe
Brigitte Bardot, à peine refroidie, la presse a fait son travail : les articles se succèdent pour rappeler sa carrière, ses films et son influence. Depuis ce matin, les hommages s'accumulent, ils racontent la star, le mythe, l'icône et nous n'y reviendrons pas. Nous n'aborderons ni Bardot actrice, ni Bardot silhouette, ni Bardot objet de fantasme, d'autres s'en chargent très bien. Ce qui nous intéresse ici ce sont les idées et le personnage politique qui se sont dressés derrière l'icône. Brigitte Bardot n'a pas seulement marqué le cinéma français, elle a aussi occupé l'espace public par des prises de positions violentes et réactionnaires dont certaines lui ont valu des condamnations.
Dès les années 1970, alors qu'elle se retire du cinéma, Bardot affirme clairement son rejet du féminisme en qualifiant le Mouvement de libération des femmes de "comique et idiot", elle déclare que les femmes doivent "rester des femmes", refuse l'égalité avec les hommes et regrette la disparition des "vraies femmes" et des "vrais hommes". Cette représentation essentialiste s'inscrit dans une critique plus large de la société contemporaine. Elle dénonce aussi les marches de fierté, critique le PACS et se moque des expressions de genre qui ne correspondent pas à sa vision hétéronormée.
Parfois, sous couvert de défense des animaux, combat réel mais instrumentalisé, Bardot multiplie les attaques contre les musulmans, l'islam et l'immigration. Dans une tribune publiée en 1996, elle évoque une France "envahie" par une "surpopulation étrangère", une "allégeance" imposée, de traditions subies, de mosquées qui remplaceraient les clochers. Le vocabulaire relevant du complotisme et de la xénophobie, est propre à l'extrême droite identitaire.
En ce qui concerne les violences sexistes et sexuelles, Bardot estime que le pouvoir passe par le séduction et non par l'égalité, ainsi elle s'oppose à la présence des femmes en politique, sans oublier qu'elle défend la réouverture des maisons closes. En 2018, sa position est constante, elle prend la défense de Gérard Depardieu et Nicolas Bedos dénonçant une prétendue chasse aux talents, minimisant les accusations d'agressions sexuelles. Elle choisit son camp sans ambiguïté, en opposant systématiquement la réputation des hommes à la parole des femmes.
Ces différents positionnements idéologiques place Bardot dans une continuité politique claire. Ses discours sur l'immigration, l'islam, le nationalisme et le rejet du progrès social en font la défenseuse zélée de l'extrême droite la plus crasse. A ce titre, le parallèle avec Jean-Marie Le Pen n'a rien de gratuit. Bardot partageait avec lui la même nostalgie d'une France fantasmée, une même obsession identitaire et une même rhétorique brutale envers les minorités. Jusqu'à la fin, elle aura défendu ce socle idéologique, sans jamais le remettre en question.
Notre démarche n'est pas de soutenir l'effacement de Bardot de l'histoire culturelle française, mais d'imposer le refus d'une amnésie collective. Il nous est impensable de transformer une figure publique en monument intouchable sans interroger ce qu'elle dit, écrit ou défend. Bardot n'était pas seulement une icône dans les années 1960, elle était aussi devenue une voix majeure d'un discours réactionnaire qu'elle a porté finalement la majeure partie de sa vie. Alors, non, nous ne parlerons pas de ses films ou de ses ballerines. Nous évoquerons ce qu'elle a défendu parce que derrière la star de cinéma il y a une idéologie et celle-ci doit d'être nommée, même au moment des hommages.
