Les enfants, dernier espoir ou dernières victimes ?
La plupart d’entre nous ont été bercés par une œuvre qui a su toucher en plein cœur notre âme d’enfant et qui nous impactera pour le reste de notre vie. Beaucoup diront que c’était Harry Potter, tout autant mentionneront Le Seigneur des anneaux, les plus mythos sortiront probablement un titre destiné clairement à un public adulte, et les derniers vous parleront plutôt de films. De mon côté, ce fut Autre Monde de Maxime Chattam qui a non seulement défini mes goûts littéraires ainsi que mon attrait définitif et total à la lecture, mais qui m'a également sensibilisé à la question du climat. Pourtant, je ne vous le conseillerais probablement pas. Restez, je vais finir par tout vous expliquer.
Autre Monde est une saga littéraire jeunesse fantastique composée de sept tomes, divisés en deux cycles. Le premier tome, L’Alliance des Trois est sorti en 2008, tandis que le dernier, Genèse, est sorti en 2016. Elle sort un peu des sentiers battus de Maxime Chattam puisque celui-ci est connu essentiellement pour ses thrillers et ses polars.
Un peu de contexte
Tout commence à New York, avec deux adolescents Matt et Tobias, meilleurs amis depuis l’enfance. Un soir, une affreuse tempête frappe la ville et dure toute la nuit. A son réveil, Matt ne trouve que les vêtements de ses parents là où ils dormaient. Pas de traces d'effraction, pas d'agression, uniquement leurs vêtements comme si ses parents s’étaient volatilisés. Il part alors à leur recherche en prévoyant de trouver également Tobias. Or en sortant, il se rend compte que la ville a complètement changé. La nature semble avoir repris ses droits en une seule nuit. La végétation a envahi les rues, des arbres sont apparus au milieu du goudron, mais surtout il n’y a absolument personne qui se balade. Les boutiques sont fermées, pas de chiens promenés dans les parcs, aucune voiture qui circule. Matt va alors trouver Tobias ainsi que d’autres copains.
C'est ainsi que commence Autre Monde. Rien de bien original me diriez-vous. Et vous avez raison. Sauf que c’est une saga jeunesse, remplie de mystères où la science est revisitée, avec notre monde transformé au point où tout est à redécouvrir. Les fans de romans d’aventures vont se régaler.
Il y a de nombreuses créatures, comme ces grands échassiers avec des phares à la place des yeux qui semblent chercher quelqu’un dans la ville. Les scarabées envahissent les autoroutes et ils brillent de rouge et de bleu, sans jamais s’arrêter. Une forêt tellement épaisse qu’on ne peut rien voir dedans en quelques mètres, mais aussi avec des arbres si hauts qu’on commence à les apercevoir à plusieurs jours de marche de la lisière. Je pourrai donner encore beaucoup d’exemples mais ce serait attirer les spoils.
Revenons à l’histoire : après un petit incident, Matt perd connaissance. Il revient à lui plusieurs mois plus tard en voyant un ange. Tobias l’a amené sur l’île Carmichael où un groupe d’enfants se sont rassemblés et ont commencé à s’organiser pour survivre. Ils rencontrent Ambre et ils deviennent amis. (Oui, on a un trio comme personnages principaux, avec deux garçons et une fille, mais on aimait bien les codes dans les années 2000). L’île Carmichael a sa propre école, sa propre organisation avec ses codes et ses lois. La solidarité et l’effort de groupe forgent leur société. Ils se nomment alors les Pans. On ne dirait pas des enfants obligés de grandir trop vite ? Et bien oui, parce qu’une menace pèse : les adultes. Il s’avère que tous n’ont pas disparu. Amnésiques et perdus, ils se sont également rassemblés pour former une communauté, mais ils sont violents. Dirigés par des leaders influents, les adultes sont convaincus que les enfants sont responsables de leurs malheurs et ils cherchent à les exterminer.
Voici comment Maxime Chattam a réussi à inverser les rôles : les enfants sont les esprits sages et modérés, gardiens de la mémoire de leur ancien monde, tandis que les adultes sont perdus et apeurés au point d’être violents.
Entre espoir et eco-anxiété
Tout au long nous nous posons des questions avec les personnages. Cette planète entièrement transformée, quasi complètement débarrassée de ses déchets, nous pousse à réfléchir sur la façon dont nous traitons notre planète. Les catastrophes naturelles se succèdent et se multiplient, les épidémies sont de plus en plus mortelles, nous étouffons la terre et détruisons les océans, alors est-ce que la Grande Tempête ne serait-elle pas la conséquence finale de nos erreurs, laissant les enfants grandes victimes de notre irresponsabilité ?
Le premier tome étant sorti en 2008, on voit bien que la question de l’urgence climatique n’est pas récente, ce qui rend cette saga toujours aussi actuelle, voire intemporel. Quatre ans plus tard, Bernard Werber sort La Troisième Humanité, qui commence avec un avertissement temporel : “Cette histoire se déroule dans un temps relatif et non un temps absolu. Elle se passe précisément dix ans, jour pour jour, après l'instant où vous ouvrirez ce roman et commencerez à le lire.” A travers cette introduction choquante Werber personnifie la planète Terre en la faisant parler : elle ne comprend pas qu’on la maltraite ainsi, elle qui cherche uniquement à nous protéger. Je n’ai pas pu le lire en entier parce qu’il a réveillé en moi une eco-anxiété assez impactante. Ce n’est pas un avertissement, c’est un tabassage pur et simple de notre être. En comparaison, Autre Monde est clairement plus accessible et doux, pour les enfants, où ils ont le rôle des gentils, de l’espoir.
Il s’est écoulé trois ans entre les sorties des tomes six et sept. Cette attente a brisé quelque chose en moi. J’ai voulu relire toute la saga avant d’atteindre le final. Sauf que j’avais grandi entre-temps. Je ne faisais donc plus partie du groupe des enfants, mais de celui des adultes, et donc une partie du problème, symboliquement. Si vous n’êtes pas prêts à être confronté à votre cruauté rien que par le fait d’être adulte, ne lisez pas Autre Monde, mais offrez les aux enfants pour leur donner une possibilité de se sensibiliser.
Conclusion
Reste alors les grandes questions du récit : pourquoi la Grande Tempête est-elle apparue et pourquoi a-t-elle tout transformé ? Qu’est-ce qui l’a déclenché ? Y a-t-il des forces supérieures qui cherchent à nous faire passer un message ? Va-t'il y avoir une autre tempête ? Est-ce que la Tempête représente notre Terre qui gronde ? Et bien d’autres encore apparaîtront tout au long des tomes. Les secrets de ce nouveau monde qu’est devenu la planète Terre sont nombreux. La question climatique n’est pas le sujet encore très actuel d’Autre Monde. Je pourrais aussi parler du régime autoritaire de la reine Malronce, suivie aveuglément par les adultes sous couvert de fanatisme. Et dans cette immense forêt, il doit y avoir de nombreuses choses à découvrir en son centre…
Autre Monde de Maxime Chattam est ma saga préférée depuis plus de quinze ans, et j’espère vous avoir donné envie de la lire.
